Uncategorized

Inflation en repli, pivots monétaires, crypto sous carf

admin4361admin4361
Inflation en repli, pivots monétaires, crypto sous carf

Le début de 2026 s’ouvre sur un signal rare en Europe : l’inflation agrégée de la zone euro revient au niveau-cible de 2,0% en décembre 2025, “première fois depuis l’été”. Derrière ce chiffre, l’histoire est plus nuancée, avec une inflation sous-jacente encore à 2,3% et des services toujours à 3,4%, signe que la désinflation progresse mais n’a pas totalement dissipé les tensions domestiques.

Dans le même temps, l’idée d’un pivot monétaire , ou au moins d’un assouplissement graduel , se diffuse dans les marchés, alors que les banques centrales rappellent leur dépendance aux données. Et pendant que l’inflation se calme, un autre chantier se durcit : l’encadrement de la crypto, notamment des stablecoins, “sous carcan” réglementaire en Europe (MiCA) et en pleine recomposition aux États-Unis.

1) Zone euro : retour à 2,0%, mais services encore “collants”

En décembre 2025, l’inflation globale de la zone euro ressort à 2,0%, contre 2,1% en novembre. Ce retour sur la cible est présenté comme un marqueur de désinflation, d’autant qu’il s’agit de la “première fois depuis l’été” que l’agrégat retrouve ce niveau.

Pour autant, la composition du chiffre invite à la prudence : l’inflation “core” (hors énergie et alimentation) demeure à 2,3%. Surtout, les services restent à 3,4%, ce qui reflète généralement des pressions plus liées aux salaires, à la demande domestique et à l’inertie des prix.

Cette dissociation , global qui baisse, services qui résistent , est typique des phases de désinflation avancée. Les effets de base sur l’énergie et certains biens peuvent rapidement faire refluer l’IPCH, mais la normalisation des services est souvent plus lente, ce qui complique la lecture pour la politique monétaire.

2) Une décrue confirmée à l’automne, portée par l’énergie

Eurostat avait déjà confirmé un tassement à l’automne : l’inflation zone euro d’octobre 2025 s’établissait à 2,1% contre 2,2% en septembre (estimation flash). Cette trajectoire renforce l’idée que le pic de tensions post-chocs s’éloigne.

La composante énergie a joué un rôle important, avec -1,0% en glissement annuel. Ce chiffre illustre comment la baisse (ou la stabilisation) des prix énergétiques, combinée aux effets de base, peut accélérer la désinflation globale même si l’économie ne ralentit pas brutalement.

En parallèle, les services restaient déjà à 3,4%, signalant que la boucle prix-salaires n’est pas le seul sujet : la structure de coûts des services, les loyers, et la dynamique de la demande peuvent maintenir une inflation “domestique” au-dessus de 2% plus longtemps.

3) Allemagne et France : deux vitesses, un même reflux

En Allemagne, l’inflation préliminaire de décembre 2025 ralentit nettement à 2,0% sur un an, contre 2,6% en novembre. L’inflation sous-jacente recule aussi, à 2,4% après 2,7%, ce qui apporte un élément rassurant : la désinflation n’est pas seulement “importée” via l’énergie, elle touche aussi les composantes plus persistantes.

En France, le tableau est encore plus désinflationniste : l’inflation IPCH s’établit à 0,8% a/a en novembre 2025. L’inflation hors énergie & alimentation tombe à 1,2% (contre 1,5% en octobre), soulignant un reflux plus marqué des pressions internes.

La Banque de France évoque une moyenne annuelle 2025 autour de 0,9% et projette pour 2026 une inflation totale à 1,3%, et 1,6% hors énergie et alimentation. Cette divergence intra-zone (France très basse, Allemagne revenue à 2%) pose une question classique : comment calibrer une politique monétaire unique face à des dynamiques nationales hétérogènes.

4) BCE : “pas d’urgence”, mais une trajectoire d’inflation sous 2% en 2026

Les projections staff de la BCE (septembre 2025) indiquent une inflation moyenne attendue à 2,1% en 2025, puis 1,7% en 2026, et 1,9% en 2027. L’argumentaire mentionne notamment les effets de base énergie, le reflux de l’IPCHX et des services, ainsi qu’une modération attendue sur l’alimentaire et l’énergie.

Dans la communication, le ton reste prudent. Christine Lagarde a été citée dans la presse indiquant qu’il n’y a “pas d’urgence” à bouger les taux, la BCE étant “dans une bonne position” pour les maintenir stables. Cela revient à acter que le niveau actuel des taux est considéré comme suffisamment restrictif, sans nécessité immédiate d’ajustement.

Le 8 janvier 2026, le gouverneur de la banque centrale du Portugal, Santos Pereira, résumait la logique : “monetary policy has done its job… no need to change rates”, tout en rappelant la proximité avec la “price stability” autour de 2% et en appelant les gouvernements à mener des réformes. Autrement dit, la BCE tend à “passer le relais” aux politiques structurelles, à mesure que l’inflation converge.

5) Fed et États-Unis : désinflation, droits de douane et risque sur l’emploi

Aux États-Unis, la Fed notait dans son Monetary Policy Report (juin 2025) que “Inflation has continued to ease”. Les chiffres PCE allaient dans ce sens : le PCE sur 12 mois à 2,1% en avril 2025 (contre 2,6% fin 2024) et le core PCE à 2,5% (contre 2,9% en décembre 2024).

Mais le paysage américain est perturbé par la question commerciale. Selon Reuters, des recherches associées à la SF Fed relèvent qu’une hausse des droits de douane en 2025 (tarif moyen à 17%, plus haut depuis 1935) est historiquement associée à une baisse de l’inflation et à une hausse du chômage. L’article avance aussi que la Fed aurait coupé 75 points de base en 2025, ce qui nourrit un débat : la désinflation peut s’accompagner d’un coût en emploi.

Le 5 janvier 2026, Kashkari (Minneapolis Fed) évoquait une inflation “gradually declining”, avec le risque que le chômage “pop” plus haut, dans un contexte de politique monétaire “near neutral” et dépendante des données. Cette combinaison , inflation en repli, incertitudes commerciales, vigilance sur le marché du travail , rend les trajectoires de taux plus conditionnelles que mécaniques.

6) Le scénario “pivot” : attentes de marché et calendrier des statistiques

Les anticipations de pivot monétaire se lisent autant dans les prix de marché que dans le calendrier macro. Eurostat rappelait que l’estimation flash de la zone euro pour décembre 2025 est publiée le 7 janvier 2026, après un flash novembre à 2,2%. Dans ces phases, une décimale peut modifier les probabilités implicites de baisse de taux.

Côté investisseurs, un scénario relayé par le Financial Times évoque un statu quo en janvier et “deux baisses de 25 pb en 2026”, dépendantes des prochains chiffres d’inflation. La condition centrale est claire : il faut que la décrue se maintienne, en particulier sur les services et le cœur, pour justifier un assouplissement sans relancer les tensions.

En toile de fond, Eurostat (compilation “Eurostatistics 12/2025”) mentionne des projections autour de 2,1% en 2025 et 1,7% en 2026, avec un contexte de “tariffs and uncertainty”. Les marchés tentent donc de “price-r” un monde où l’inflation converge mais où les chocs (tarifs, géopolitique, énergie) peuvent réapparaître.

7) Crypto sous carcan : MiCA, stablecoins et bataille des infrastructures

La désinflation ne réduit pas l’intérêt des autorités pour la stabilité financière : elle peut même libérer du temps politique pour renforcer la supervision. En Europe, MiCA encadre fortement les émetteurs de stablecoins via les catégories ART/EMT : l’application des Titres III & IV s’applique au 30 juin 2024, avec obligation d’autorisation UE pour les émetteurs offrant au public ou demandant l’admission au trading, assortie de dispositions transitoires. Les Q&A de l’EBA contribuent à préciser l’interprétation opérationnelle.

Sur le front industriel, Reuters rapportait que Barclays investit dans Ubyx, une infrastructure de clearing/settlement pour stablecoins. La logique est celle de la “plomberie” de marché : standardiser le règlement-livraison, faciliter l’interopérabilité, et rapprocher les usages des rails bancaires traditionnels.

Dans le même temps, la taille du marché reste un sujet de supervision. Reuters citait Tether à 187 Md$ de tokens en circulation (7 janvier 2026), ce qui renforce l’attention portée au risque de liquidité, aux réserves, et aux canaux de transmission entre crypto et finance traditionnelle , même si l’environnement inflationniste est plus calme.

8) États-Unis : charte bancaire, “GENIUS Act” et conformité AML en accélération

La régulation américaine évolue aussi, avec un angle institutionnel : World Liberty Financial (venture liée à Trump) aurait demandé une charte OCC de “national trust bank”. Un stablecoin USD1 est annoncé à plus de 3,3 Md$ en circulation, avec référence à un cadre légal évoqué comme “GENIUS Act” (Reuters, 7 janvier 2026). L’enjeu est d’obtenir une reconnaissance et un périmètre de supervision plus “bancarisés”.

Au-delà des licences, l’autre pivot est la conformité. Le FATF indique qu’en 2025, “73% (85/117 juridictions) ont adopté une législation Travel Rule”, réduisant le “sunrise issue”. Cette diffusion réglementaire augmente la pression opérationnelle sur les plateformes et prestataires : collecte/partage des données d’expéditeur et de bénéficiaire, contrôles AML, et traçabilité inter-PSAN.

Dans ce contexte, la crypto est bien “sous carcan”, mais pas nécessairement à l’arrêt. La dynamique se déplace : moins de croissance “far west”, plus de consolidation, plus d’infrastructures conformes, et une compétition entre zones (UE vs US) pour attirer les acteurs capables d’absorber les coûts réglementaires.

L’inflation en repli dans la zone euro , jusqu’à 2,0% en décembre 2025 , change la psychologie macro : on parle moins d’urgence à resserrer, davantage de patience et de calibration. Pourtant, les services à 3,4% et le niveau du cœur rappellent qu’un retour durable à 2% ne se décrète pas, surtout dans un environnement où les “tariffs and uncertainty” peuvent réintroduire des chocs.

Les pivots monétaires, s’ils se matérialisent en 2026, ressembleront probablement à des ajustements graduels et conditionnels plutôt qu’à un virage brutal. Et pendant que la macro se normalise, la crypto entre dans une phase d’institutionnalisation contrainte : MiCA en Europe, demandes de chartes et débats législatifs aux États-Unis, et généralisation des standards AML. La désinflation apaise le décor, mais la transformation financière, elle, continue.

Partager cet article: