Uncategorized

Davos alerte: la confrontation géoéconomique domine les risques économiques

admin4361admin4361
Davos alerte: la confrontation géoéconomique domine les risques économiques

À Davos, l’alerte est claire : la « confrontation géoéconomique » s’impose désormais comme le risque économique dominant. Selon les éléments publiés le 14/01/2026 autour du Forum économique mondial (WEF), les sanctions, droits de douane, restrictions d’investissement et contrôles liés aux ressources ne sont plus des mesures ponctuelles, mais les marqueurs d’un nouvel environnement global où l’économie devient un terrain de rivalité stratégique.

Cette bascule se lit dans le classement 2026 des risques mondiaux : la confrontation géoéconomique y est placée au premier rang, devant la désinformation, la polarisation, la météo extrême et même le conflit armé, comme l’ont repris Euronews et Reuters. Le WEF, de son côté, présente ces résultats comme un signal d’« alerte précoce » pour dirigeants, entreprises et institutions, face à une dynamique où la compétition remplace la coopération.

1) Davos 2026 : un risque n°1 qui change la lecture de l’économie

Le 14/01/2026, Euronews rapporte que la « confrontation géoéconomique » (sanctions, tarifs, restrictions d’investissement) est classée risque mondial n°1 pour 2026. Cette position en tête du classement n’est pas qu’un détail méthodologique : elle restructure la façon d’interpréter la conjoncture, car elle place les décisions politiques au cœur des chocs économiques.

Le communiqué officiel du WEF (“Geoeconomic confrontation emerges as the top global risk for 2026”) confirme le diagnostic : la confrontation géoéconomique domine le « top 5 immédiat », aux côtés du conflit entre États, de la météo extrême, de la polarisation sociétale et de la (mis/dis)information. Autrement dit, les risques économiques et géopolitiques s’imbriquent, au lieu d’évoluer en silos.

Reuters souligne un point symbolique : la « confrontation économique » dépasse le risque de conflit armé dans les préoccupations. Cela ne signifie pas que la guerre disparaît, mais que l’usage d’« armes économiques » (tarifs, restrictions, contrôle de ressources, limitations technologiques) est perçu comme plus probable et plus immédiatement perturbateur pour l’économie mondiale.

2) Ce que recouvre la « confrontation géoéconomique » : du commerce aux capitaux

Le WEF décrit la confrontation géoéconomique à travers une panoplie d’outils : sanctions, droits de douane, restrictions à l’investissement, contrôles à l’exportation, et politiques d’accès aux matières premières critiques. Dans ce cadre, les échanges ne sont plus seulement guidés par les prix et l’efficience, mais par des considérations de sécurité nationale, de souveraineté industrielle et d’influence.

Reuters insiste sur cette logique d’« armes économiques » : au lieu d’un affrontement frontal, les États peuvent cibler des secteurs entiers (semi-conducteurs, énergie, données, défense), perturber des chaînes de valeur, ou conditionner l’accès à des marchés. La mesure est parfois réversible, parfois durable, mais elle produit presque toujours de l’incertitude, donc un surcoût.

Dans l’analyse francophone reprise par L’Agefi, la formule attribuée au président du WEF, Børge Brende, résume l’époque : « Un nouvel ordre compétitif se dessine… ». Cette expression renvoie à une reconfiguration autour de rivalités, de sphères d’intérêt et de stratégies de bloc, où la neutralité économique devient plus difficile à tenir.

3) Des chiffres qui pèsent : perception du risque et horizon de gravité

Le WEF met en avant une statistique clé : 18% des répondants citent la confrontation géoéconomique comme le risque le plus susceptible de déclencher une crise mondiale en 2026. Ce pourcentage, repris aussi dans des synthèses comme DAWN, est important car il signale un consensus relatif : une part significative des experts interrogés converge vers la même menace dominante.

Le rapport ne s’arrête pas au court terme. Dans les « key findings », le WEF indique que ce risque est également classé n°1 en gravité sur un horizon de deux ans (jusqu’en 2028) et qu’il progresse fortement dans le classement. Cela suggère une dynamique structurelle, pas un simple pic lié à un événement géopolitique isolé.

L’ambiance générale est elle-même un indicateur : selon les données du WEF, 50% anticipent un monde « turbulent » ou « stormy » sur deux ans, 57% sur dix ans, tandis que 1% seulement anticipent du « calm ». Cette distribution traduit l’ancrage de l’incertitude comme variable permanente de décision, avec des effets sur l’investissement, les coûts de financement et les stratégies d’implantation.

4) « Multilateralism is in retreat » : l’arrière-plan politique de la fragmentation

Le WEF décrit un basculement explicite : « Multilateralism is in retreat ». Dans cette lecture, la confrontation remplace la collaboration dans un paysage qualifié de « multipolaire contesté ». Pour l’économie, cela signifie moins de mécanismes partagés de résolution des différends et davantage de mesures unilatérales ou de coalitions ad hoc.

Le communiqué du WEF ajoute un marqueur structurel : 68% des répondants s’attendent à un « multipolar or fragmented order » à dix ans. Ce chiffre (repris notamment dans des synthèses comme DAWN) indique que la fragmentation n’est pas perçue comme transitoire, mais comme le nouvel état de référence du système international.

Dans ce contexte, la citation relayée par Anadolu Agency , « A new competitive order is taking shape… » , prend une dimension opérationnelle. Elle implique que les entreprises devront composer avec des régimes de conformité plus complexes, des exigences de traçabilité accrues et des arbitrages permanents entre accès au marché, risques réglementaires et réputationnels.

5) Effets systémiques : États fragilisés, chaînes d’approvisionnement sous pression

Le WEF relie directement la confrontation géoéconomique à des conséquences systémiques : fragilité étatique, chaînes d’approvisionnement sous pression et menace sur la stabilité économique mondiale. En clair, le risque ne se limite pas à des frictions commerciales : il peut déstabiliser des budgets publics, provoquer des pénuries ciblées, ou amplifier des crises sociales via l’inflation importée.

Quand les chaînes d’approvisionnement deviennent des leviers de politique de puissance, l’optimisation « juste-à-temps » recule au profit de la redondance, de la relocalisation partielle ou du « friendshoring ». Ces stratégies réduisent certaines vulnérabilités, mais elles augmentent aussi les coûts, complexifient la logistique et peuvent accentuer les écarts de compétitivité entre zones.

Le résultat macroéconomique possible est un monde plus volatil : plus de chocs d’offre, des transitions industrielles accélérées mais inégales, et un climat d’investissement rendu nerveux par la possibilité de sanctions, de restrictions de technologies ou de ruptures d’accès à des intrants critiques.

6) Pourquoi les risques économiques remontent à court terme (inflation, ralentissement)

Le communiqué du WEF note que les risques « economic downturn » et « inflation » montent fortement sur l’horizon deux ans. Cette remontée est cohérente avec la montée de la confrontation géoéconomique : lorsque les échanges se restreignent ou se réorientent sous contrainte politique, les coûts peuvent augmenter et la croissance potentielle se dégrader.

Les tarifs douaniers, restrictions à l’investissement ou contrôles à l’exportation peuvent agir comme des taxes implicites : ils renchérissent les intrants, réduisent la concurrence et perturbent la diffusion technologique. Même quand ces mesures visent la résilience, elles peuvent alimenter l’inflation à court terme et peser sur la demande via des conditions financières plus strictes.

À Davos, l’idée qui se dessine n’est pas celle d’un retour mécanique aux crises financières du passé, mais celle d’une instabilité « fabriquée » par la politique économique internationale. Les entreprises doivent donc surveiller non seulement les indicateurs classiques (PMI, inflation, taux), mais aussi les signaux de durcissement réglementaire, de sanctions sectorielles et de fragmentation normative.

7) Le lien avec technologie et information : de l’IA aux chocs de confiance

Le WEF souligne aussi la montée des risques technologiques, avec une trajectoire marquante des « adverse outcomes of AI » qui progresse fortement vers le top des risques à dix ans. Même si ce point n’est pas identique à la confrontation géoéconomique, les deux se renforcent : contrôle des technologies, restrictions d’exportation et rivalité d’écosystèmes numériques deviennent des instruments géoéconomiques.

Dans le top 5 immédiat du WEF figurent aussi la polarisation et la (mis/dis)information. Ces facteurs comptent car ils fragilisent la capacité des sociétés à accepter des compromis économiques (coût de la transition, arbitrages budgétaires, ouverture commerciale), et ils peuvent accélérer des décisions de rupture : boycott, sanctions, durcissements réglementaires, blocages institutionnels.

Saadia Zahidi (WEF) qualifie l’ensemble de « système d’alerte précoce », comme repris par Yahoo Actualités : du risque de confrontation géoéconomique à la technologie incontrôlée. L’idée centrale est que les crises futures peuvent naître de l’interaction de plusieurs risques : rivalité commerciale + choc d’offre + guerre de l’information + vulnérabilités numériques.

En plaçant la confrontation géoéconomique au sommet des risques 2026, Davos signale un changement de régime : la mondialisation n’est plus seulement un cadre, mais un champ de bataille. Les chiffres du WEF , 18% la désignant comme déclencheur potentiel de crise mondiale en 2026, 68% anticipant un ordre multipolaire ou fragmenté , montrent que cette lecture est désormais largement partagée.

La conséquence pratique est une économie plus politique, plus segmentée et plus incertaine. Pour les États, l’enjeu est de limiter les effets boomerang (inflation, ralentissement, fragilisation) tout en sécurisant des intérêts stratégiques. Pour les entreprises, le défi sera d’investir et d’innover dans un environnement où les règles peuvent changer vite, où la conformité devient stratégique, et où la résilience des chaînes d’approvisionnement n’est plus un avantage mais une condition de survie.

Partager cet article: